Image symboliqueLe ministre indien de l'Éducation démissionne après un mois de manifestations de jeunes
Le Premier ministre Narendra Modi a accepté le 25 juillet la démission du ministre de l'Éducation Dharmendra Pradhan, satisfaisant ainsi la revendication centrale d'un mouvement de contestation mené depuis un mois par des jeunes, né après la fuite d'un examen national d'entrée en médecine. Le mouvement, qui s'était baptisé Cockroach Janta Party, a annoncé la fin de sa campagne après cette concession du gouvernement. Des médias européens et américains décrivent ce recul comme le premier grand reculement du gouvernement de Modi depuis son arrivée au pouvoir en 2014.
IndeBharatiya Janata PartyCockroach Janta Party
Ce qui s'est passé
Samedi 25 juillet, Narendra Modi a accepté la démission de son ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan ; Le Monde rapporte que le Premier ministre lui a demandé de se retirer. Cette revendication était au centre de manifestations qui duraient depuis environ un mois, déclenchées par la fuite de l'examen national d'entrée en médecine. Cette fuite avait entraîné l'annulation de l'épreuve ; selon le Guardian, deux millions d'étudiants ont dû la repasser, et plus d'une douzaine de suicides parmi les candidats ont été attribués à cette affaire. Le Monde fait également état de plusieurs suicides. Le mouvement, qui s'est baptisé Cockroach Janta Party, a tenu son principal rassemblement sur le site de Jantar Mantar à Delhi et s'est étendu à d'autres grandes villes, y compris des États gouvernés par le Bharatiya Janata Party de Modi. Outre la démission du ministre, il exigeait l'abandon des poursuites pénales contre les manifestants et l'indemnisation des familles des candidats qui se sont donné la mort. Selon le Guardian, des violences policières ont frappé des manifestants le lundi précédant la démission. Après cette concession, les étudiants ont déclaré leur mouvement terminé.
Les camps
Jusqu'au dernier moment, la posture publique du gouvernement a été de considérer que les manifestations finiraient par s'essouffler. Dans une vidéo publiée tard vendredi soir sur Instagram, Modi s'est adressé à ses « jeunes amis » et les a remerciés pour leurs « suggestions réfléchies », sans mentionner Pradhan, rapporte le Guardian ; moins de 24 heures plus tard, il acceptait sa démission. Le mouvement de contestation a présenté cette démission comme une mise en cause de responsabilité face à un système d'examens défaillant, et dans les jours précédant cette concession, une partie du mouvement était allée plus loin en réclamant le départ de Modi lui-même. Le Monde note que les étudiants n'ont pas durci le ton une fois leurs revendications satisfaites et ont abandonné cette exigence. Selon le Guardian, les chaînes de télévision proches du gouvernement ont d'abord ignoré les manifestations, avant de suggérer que les manifestants étaient financés par des puissances étrangères et des groupes terroristes pakistanais ; les manifestants ont contesté ces accusations sur les réseaux sociaux, et Modi s'est tenu à l'écart des médias tandis que la contestation grandissait.
Le regard extérieur
Toutes les sources disponibles sont des médias européens et américains ; aucune couverture indienne, du Golfe, chinoise ou d'ailleurs dans le Sud global n'est incluse ici, de sorte que l'angle présenté ci-dessous reflète un point de vue occidental. Le Financial Times et Bloomberg décrivent cet épisode comme ayant percé l'aura d'invincibilité de Modi et l'ayant contraint à un rapide recul. Le Guardian, citant le politologue Ashutosh Varshney de l'Université Brown, rapporte que l'espace numérique a été investi par les manifestants et que les médias proches du gouvernement ont été délégitimés, et cite des analystes qualifiant l'épisode d'humiliation pour un gouvernement qui avait gouverné en quasi-impunité depuis 2014. La FAZ place le système éducatif et le chômage des diplômés au cœur du mouvement, tout en estimant qu'il attire aussi l'attention sur un style de gouvernance autoritaire, des restrictions à la liberté d'expression et à la liberté de la presse, ainsi que sur le contrôle des institutions. Le Monde inscrit cette mobilisation dans une série de « printemps asiatiques » au Sri Lanka, au Bangladesh et au Népal, et rapporte que plus de la moitié des jeunes diplômés indiens sont sans emploi.
Ce qui est nouveau
La revendication restée sans réponse lorsque le militant Sonam Wangchuk avait mis fin à sa grève de la faim de 26 jours en échange de concessions plus limitées — l'indemnisation des familles touchées — a désormais été pleinement satisfaite : le ministre lui-même a démissionné. Le basculement s'est joué en une seule journée, entre l'allocution de Modi sur Instagram vendredi soir et la démission samedi matin, alors que, selon le Guardian, l'affluence à Jantar Mantar n'avait jamais été aussi forte et que l'agitation gagnait des États dirigés par le BJP. Le mouvement s'est depuis retiré au lieu de pousser son avantage.
Ce qui pourrait se passer ensuite
Cette concession pourrait clore l'affaire si les revendications restantes — abandon des poursuites contre les manifestants et indemnisation des familles endeuillées — sont réglées discrètement et si le système d'examens est réorganisé, laissant le mouvement se dissoudre aussi vite qu'il s'est formé. À l'inverse, les limites ainsi révélées du contrôle exercé par le gouvernement pourraient se répercuter sur d'autres griefs cités par les sources, au premier rang desquels le chômage des diplômés, les partis d'opposition, décrits par le Guardian comme revigorés, cherchant à récupérer cette mobilisation. Une troisième trajectoire concerne le terrain médiatique : si la perte, par le gouvernement, du récit en ligne et la délégitimation des chaînes qui lui sont alliées s'avèrent durables, les futurs conflits se joueront sur un terrain que le BJP ne domine plus.
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Sources